Compréhension de texte : pourquoi certains élèves bloquent ?
« Il ne comprend pas ce qu’il lit. »
Cette phrase revient régulièrement lorsque les parents parlent des difficultés scolaires de leur enfant.
Mais derrière cette apparente simplicité peuvent se cacher des difficultés très différentes.
Récemment, avec un élève de collège, j’ai voulu observer plus précisément ce qui se passait lorsqu’il lisait un texte.
Les premières questions étaient très littérales : il fallait simplement retrouver des informations clairement présentes dans le texte.
Sur quatre questions, il n’a pas réussi à en retrouver une seule.
Lorsque les questions demandaient d’aller un peu plus loin, de faire une déduction ou de mettre plusieurs informations en relation, la difficulté était encore plus importante.
Il avait lu le texte.
Mais une fois arrivé aux questions, il semblait rester très peu de choses de cette lecture.
Cette situation m’a amenée à une question essentielle : qu’est-ce qui peut empêcher un élève de construire réellement le sens de ce qu’il lit ?
Lire les mots ne suffit pas
Comprendre un texte ne consiste pas uniquement à reconnaître les mots et à aller jusqu'à la dernière ligne.
Le lecteur doit progressivement construire une représentation cohérente de ce qu’il lit, sélectionner les informations importantes, les mettre en relation, mobiliser ses connaissances et parfois faire des inférences pour comprendre ce qui n’est pas écrit explicitement.
Cette construction mobilise également l’attention et la mémoire, ainsi que la capacité à contrôler sa compréhension au fil de la lecture.
Autrement dit, deux élèves peuvent lire exactement le même texte sans nécessairement en construire la même compréhension.
Compréhension de texte : qu’est-ce qui peut bloquer ?
Il n’y a pas une seule explication.
L’attention
Pour comprendre, encore faut-il être suffisamment disponible pour ce que l’on est en train de lire.
Un élève peut lire correctement les phrases tout en étant distrait, en perdant le fil ou en ne portant pas suffisamment son attention sur certaines informations.
Le vocabulaire et la compréhension des phrases
Un mot mal compris peut parfois suffire à créer une difficulté.
Mais les obstacles peuvent également venir de la syntaxe, d’une phrase complexe ou d’une relation entre plusieurs éléments qui n’a pas été comprise.
Lorsque certaines informations ne sont pas accessibles, il devient ensuite beaucoup plus difficile de construire une représentation cohérente de l’ensemble.
Les informations qui ne restent pas suffisamment en tête
Comprendre un texte demande aussi de conserver certaines informations pendant que l’on poursuit la lecture.
Il faut pouvoir se souvenir de ce qui vient d’être dit pour le mettre en relation avec ce qui arrive ensuite.
Si les informations restent isolées, le fil du texte peut rapidement se perdre.
Les inférences
Tout n’est pas toujours écrit noir sur blanc.
Pour comprendre un texte, le lecteur doit parfois relier plusieurs indices, utiliser ses connaissances et déduire une information qui n’est pas formulée directement.
Ces inférences participent pleinement à la construction de la compréhension et peuvent constituer une difficulté particulière pour certains élèves.
La représentation mentale
C’est un point auquel je suis particulièrement attentive dans mon approche.
Lorsqu’on lit un récit, par exemple, est-ce qu’on parvient à se représenter ce qui se passe ? Les personnages ? Le lieu ? Les actions ? Les relations entre les différents éléments ?
Cette construction mentale permet de ne pas rester uniquement au niveau des mots.
Les ressources consacrées aux difficultés de compréhension identifient d’ailleurs la construction de représentations mentales cohérentes comme une composante importante de la compréhension.
Dans le cadre de mon approche, je peux également m’appuyer sur les apports de la gestion mentale pour explorer ce que l’élève fait mentalement avec ce qu’il perçoit.
Le projet et le but de la lecture
Pourquoi lit-on ce texte ?
Que cherche-t-on à comprendre ?
Quelle information doit-on retenir ?
Que va-t-on devoir être capable de faire ensuite ?
Ces questions ne sont pas anodines.
Les stratégies de compréhension peuvent être mobilisées en fonction d’un objectif de lecture : avant de lire, pour se préparer ; pendant la lecture, pour construire et vérifier sa compréhension ; après la lecture, pour synthétiser et évaluer ce qui a été compris.
Cette notion de but rejoint également les réflexions de Guy Sonnois dans le cadre de la pédagogie des gestes mentaux : il insiste notamment sur l’importance de clarifier les buts de l’activité et les gestes mentaux que l’élève doit mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs.
Dans cette perspective, je ne cherche donc pas simplement à savoir si l’élève « a lu ».
Je cherche aussi à comprendre ce qu’il cherchait à faire en lisant et comment il s’y est pris pour construire du sens.

Quand la réponse ne correspond pas vraiment à la question
C’est une difficulté que l’on peut parfois observer très concrètement.
L’élève a lu le texte.
Il en a compris certains éléments.
Mais lorsqu’il doit répondre à une question, il ne sait pas toujours sélectionner les informations qui servent réellement sa réponse.
Il peut alors reprendre une information secondaire, produire une réponse trop vague ou utiliser des éléments du texte sans parvenir à expliquer précisément ce qu’ils montrent.
Dans ce cas, le problème n’est pas nécessairement l’absence totale de compréhension.
Il peut y avoir un décalage entre ce qui a été compris, ce qui a été retenu, ce qui paraît important dans le texte et ce que la question demande précisément.
C’est aussi pour cette raison que l’observation des réponses de l’élève est intéressante : elle permet de voir non seulement s’il a répondu juste ou faux, mais comment il a construit sa réponse.
« Il ne comprend pas » ne suffit pas
C’est finalement ce que cette situation me rappelle le plus.
Lorsqu’un élève rencontre des difficultés en compréhension, le constat :
« Il ne comprend pas ce qu’il lit » est un point de départ, pas une explication.
Avant de chercher une stratégie ou un outil, il est nécessaire d’essayer de comprendre où se situe le blocage.
Est-ce l’attention ? Le vocabulaire ? La compréhension des phrases ? La mémoire des informations lues ? Les inférences ? La représentation mentale ? La capacité à relier les informations ?
Le contrôle de la compréhension ? Le but donné à la lecture ?
La capacité à repérer ce qui est pertinent pour répondre à une question ?
Plusieurs difficultés peuvent également se combiner.
C’est cette observation fine qui permet ensuite d’adapter l’accompagnement.
Parce qu’en compréhension de texte, il ne s’agit pas simplement d’apprendre à un élève à « mieux lire ». Il s’agit de l’aider à comprendre ce qu’il fait lorsqu’il lit, ce qui l’aide à construire du sens et ce qui, chez lui, peut faire obstacle à cette construction.
Pour aller plus loin
Giasson, J. La compréhension en lecture. De Boeck.
Sonnois, G. (2009). Accompagner le travail des adolescents avec la pédagogie des gestes mentaux. Chronique Sociale.
Éduscol – Ministère de l’Éducation nationale. Ressources consacrées à la compréhension en lecture et à l’enseignement explicite des stratégies de compréhension.
Éduscol – Évaluations nationales de 4e. Ressources consacrées notamment à la construction des représentations mentales, aux inférences, à la mise en relation des informations et au contrôle de la compréhension.



Commentaires