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Parfois, les résultats arrivent là où on ne les attend pas | Transfert des apprentissages et métacognition

  • Photo du rédacteur: Nathalie Pérignon
    Nathalie Pérignon
  • 9 juin
  • 3 min de lecture


Il y a des semaines qui ressemblent à d'autres, et puis deux petites choses arrivent le même jour qui vous font vous arrêter un moment.

Ce n'était pas des grandes nouvelles. Pas des événements extraordinaires. Juste deux retours, venus de directions très différentes, qui m'ont rappelé quelque chose d'essentiel sur ce que signifie vraiment progresser.



Première situation : quand c'est l'élève qui nomme sa réussite

Je me trouvais à un événement de quartier quand j'ai vu arriver une jeune fille que j'avais accompagnée à deux reprises, quelques semaines plus tôt. Je ne m'y attendais pas du tout.

Elle voulait me raconter quelque chose.

Elle m'a expliqué qu'elle avait mis en pratique les méthodes de mémorisation que nous avions travaillées ensemble pour apprendre son vocabulaire d'anglais. Elle avait changé sa façon de réviser, testé les approches dont on avait parlé, et ça avait fonctionné. Puis, avec un grand sourire : « J'ai eu 19,5 au dernier contrôle. »

Ce qui m'a touchée, ce n'est pas tant la note — même si elle est belle. C'est ce qu'elle faisait en me la racontant : elle établissait elle-même le lien entre une stratégie et un résultat. Elle ne disait pas seulement « ça a marché ». Elle disait, en substance : « J'ai compris pourquoi ça a marché, et je l'ai fait. »



Deuxième situation : quand c'est l'entourage qui observe le changement

Quelques heures plus tard, je recevais un message d'une maman dont j'accompagne la fille depuis plusieurs mois.

Elle me disait observer de réels changements : davantage d'autonomie dans le travail, plus d'assurance, une façon d'aborder les révisions qui avait évolué. Des choses concrètes, visibles au quotidien, qui ne se remarquaient pas forcément il y a encore quelques mois.

Elle ajoutait, avec cette touche d'humour que beaucoup de parents d'ados reconnaîtront : sa fille lui raconte très peu ce qui se passe pendant nos séances. Le contenu reste mystérieux. Mais les effets, eux, sont bien là — et c'est elle, la maman, qui les voit.


Une élève quitte une salle de classe pour rejoindre un chemin à l’extérieur symbolisant le transfert des apprentissages vers la vie quotidienne.

Deux situations, deux types de progrès — et pourtant le même phénomène

En relisant ces deux moments côte à côte, j'ai réalisé qu'ils décrivent en réalité la même chose, mais vue depuis deux endroits différents.

Dans le premier cas, c'est l'élève elle-même qui nomme ce qui a changé. Elle a conscience du processus : elle sait quelle stratégie elle a utilisée, pourquoi elle l'a choisie, et ce qu'elle lui a apporté. C'est ce qu'on appelle en sciences cognitives la métacognition — la capacité à réfléchir sur sa propre façon d'apprendre.

Dans le second cas, c'est la mère qui observe les changements, depuis l'extérieur. Sa fille ne verbalise peut-être pas encore ce qui se transforme en elle. Mais son comportement a changé — sa manière de s'organiser, de faire face au travail, d'aborder les difficultés. L'apprentissage est là, visible dans les actes, même s'il n'est pas encore tout à fait conscientisé.

En orthopédagogie, les progrès ne prennent pas toujours la même forme. Parfois, c'est le jeune lui-même qui les nomme. Parfois, c'est son entourage qui les remarque avant lui. Et parfois, les deux arrivent le même jour.



Ce que les neurosciences éclairent ici : le transfert des apprentissages

Ce que ces deux situations illustrent, les chercheurs en sciences cognitives lui ont donné un nom : le transfert des apprentissages.

Stanislas Dehaene, neuroscientifique et professeur au Collège de France, insiste sur l'idée qu'un apprentissage solide ne se mesure pas à la réussite immédiate d'un exercice. Il est réellement installé lorsqu'il modifie durablement les comportements, les stratégies ou les performances — y compris dans d'autres contextes que celui où il a été appris.

C'est exactement ce qui s'est passé ici dans les deux cas. La première élève a réutilisé seule, chez elle, pour une matière et un contrôle que je ne connaissais pas, une méthode qu'on avait construite ensemble. La seconde modifie progressivement sa manière de travailler au quotidien — son autonomie, son assurance, son rapport au travail scolaire. Dans les deux cas, l'apprentissage a quitté l'espace de la séance pour s'installer dans la vie réelle.

Dehaene rappelle aussi que la conscience de progresser est en elle-même un moteur puissant. Quand un jeune commence à percevoir qu'il est capable, que ses efforts portent leurs fruits, quelque chose se déplace en profondeur — et cela va bien au-delà d'une note.

C'est peut-être cela, finalement, le signe le plus encourageant : lorsque les stratégies travaillées ensemble n'ont plus besoin de nous pour continuer à vivre.



Références

  • Stanislas Dehaene — Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, Odile Jacob, 2018. Ouvrage dans lequel Dehaene synthétise ses recherches sur les mécanismes cérébraux de l'apprentissage, les quatre piliers (attention, engagement actif, retour sur erreur, consolidation) et les conditions d'un apprentissage durable.

  • Stanislas Dehaene — Cours au Collège de France, chaire de Psychologie cognitive expérimentale, 2015. Séances consacrées à la consolidation des apprentissages et à la mémoire. Disponibles librement sur : college-de-france.fr

 
 
 

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