Vacances scolaires : comment consolider les acquis et éviter qu’ils s’effacent ?
- Nathalie Pérignon
- il y a 22 heures
- 4 min de lecture
L’été est souvent synonyme de repos, de liberté et de rythme plus léger. C’est une bonne chose, car les enfants ont besoin de souffler. Mais quand les vacances durent plusieurs semaines, il peut aussi se passer autre chose : certains apprentissages se défont peu à peu s’ils ne sont plus réactivés.
Ce phénomène est bien connu en psychologie cognitive. Il a notamment été mis en évidence par Hermann Ebbinghaus, qui a décrit ce qu’on appelle aujourd’hui la courbe de l’oubli. Selon les formulations les plus souvent reprises, sans réactivation, on peut perdre environ 50% des informations en un jour, puis autour de 70% à 80% en quelques jours, et jusqu’à 90% au bout d’une semaine.
Cela ne veut pas dire qu’il faut transformer les vacances en période de travail intensif. L’enjeu n’est pas de refaire l’école à la maison, mais de garder un petit contact régulier avec les apprentissages pour éviter qu’ils ne s’éloignent trop de la mémoire active.
Les apprentissages reviennent souvent plusieurs fois
Il y a aussi une chose que beaucoup d’élèves ne réalisent pas toujours : à l’école, on ne voit pas une notion une seule fois. On y revient souvent, on la reprend, on l’approfondit, on la reformule. C’est justement ce retour régulier qui permet de consolider les acquis.
Du coup, certains enfants ont l’impression de découvrir une notion pour la première fois alors qu’ils l’ont déjà rencontrée auparavant. En réalité, ils la retrouvent sous une forme un peu différente, plus complète ou plus exigeante. C’est normal, mais cela montre aussi pourquoi il est important de ne pas laisser les apprentissages complètement en pause pendant les vacances.
Les vacances peuvent donc servir à consolider ce qui a été vu, à mieux comprendre ce qui n’a pas encore été bien compris, et à entretenir les acquis pour éviter de devoir tout reprendre dans l’urgence à la rentrée.
Consolider les acquis pendant les vacances : la régularité compte plus que la durée
La mémoire fonctionne mieux quand les révisions sont réparties dans le temps. C’est le principe de la répétition espacée : on revient plusieurs fois sur une notion, à intervalles réguliers, plutôt que de tout revoir en une seule fois.
C’est précisément pour cela qu’une petite routine pendant les vacances peut être très utile. Quelques minutes par jour suffisent souvent. L’idée est de maintenir un lien simple et régulier avec les apprentissages, sans pression ni surcharge.
Chez moi, pendant les vacances scolaires, il n’y a jamais de journée totalement vide, sauf les week-ends et les jours fériés. Les enfants font toujours un petit quelque chose en lien avec les apprentissages, mais sans que cela prenne trop de place. Cela peut être une courte vidéo sur une règle de grammaire, un petit exercice de maths, un texte à lire avec quelques questions, ou un jeu éducatif trouvé en ligne.

Je ne fonctionne pas avec une seule activité d’un bloc. Sur une même séance d’environ trente minutes, je mélange plusieurs micro-activités : une courte vidéo, un jeu, un petit exercice, parfois un texte à lire ou un mini-quiz. L’idée est de varier les formats dans un même temps de travail, pour que l’enfant ne s’ennuie pas et ne décroche pas.
Avec un enfant qui a un trouble de l’attention, il y a aussi une dimension émotionnelle importante. Dire qu’on est en vacances mais qu’on va quand même travailler un peu peut tout de suite devenir compliqué s’il n’y a pas de cadre. C’est pour cela qu’une routine aide beaucoup : travailler toujours au même moment, avec les mêmes repères, permet de sécuriser l’enfant et de rendre ce temps plus acceptable.
Cette alternance aide aussi à faire passer des tâches un peu plus rébarbatives. Quand une activité demande un effort plus soutenu, elle passe souvent mieux parce qu’elle est intégrée dans un ensemble plus vivant et plus dynamique.
On peut par exemple :
regarder une courte vidéo éducative ;
lire un texte bref et répondre à quelques questions ;
faire un petit jeu de logique ou un escape game ;
utiliser une recette de cuisine pour travailler les mesures ;
proposer un quiz rapide autour d’une notion vue en classe.
Ce type d’activités a un double intérêt : il entretient les apprentissages et il garde une dimension agréable. L’enfant n’a pas l’impression de refaire l’école pendant l’été, mais il ne coupe pas non plus complètement avec ce qu’il a appris.

Ce que cela change à la rentrée
Quand les vacances passent sans aucun lien avec les apprentissages, la rentrée peut être plus difficile. Certains enfants ont alors l’impression de repartir de loin, surtout s’ils ont déjà des fragilités scolaires. À l’inverse, quand ils ont gardé un petit contact régulier avec les notions vues en classe, la reprise est souvent plus fluide.
C’est pour cela que je trouve important de ne pas opposer repos et apprentissage. On peut très bien laisser de la place au jeu, aux sorties, au calme, tout en gardant un petit fil rouge éducatif. C’est souvent ce juste équilibre qui fonctionne le mieux.
En résumé
Les vacances ne sont pas faites pour travailler comme pendant l’année. Mais elles ne sont pas obligées d’être une coupure totale non plus. Un petit rituel quotidien, court, souple et ludique, peut suffire à éviter que les apprentissages ne s’effacent trop vite.
L’essentiel, finalement, c’est de trouver une forme qui convienne à l’enfant, qui respecte son besoin de repos, et qui lui permette de rester en lien avec ce qu’il apprend.
Sources principales
Académie de Nantes, La courbe de l’oubli d’Ebbinghaus : lien
Cooper, H., Nye, B., Charlton, K., Lindsay, J., & Greathouse, S. (1996), The Effects of Summer Vacation on Achievement Test Scores: A Narrative and Meta-Analytic Review : la méta-analyse de référence montre une perte moyenne d’environ un mois sur l’échelle scolaire pendant l’été.Lien source académique : https://scholars.duke.edu/individual/pub766362
CTREQ / Québec, La perte d’apprentissage estivale : un phénomène bien connu : synthèse actuelle qui reprend les résultats de Cooper et les travaux plus récents sur la glissade estivale.Lien : https://www.ctreq.qc.ca/ressources/la-perte-dapprentissage-estivale-un-phenomene-bien-connu/
Réseau réussite Montréal, La glissade de l’été : ressource québécoise claire sur la perte des acquis pendant les vacances et ses effets à long terme.Lien : https://www.reseaureussitemontreal.ca/dossiers-thematiques/glissade-de-l-ete/
Chapleau, Lauzon & Morissette (2021), L’été, c’est fait pour lire ! : article de recherche québécois montrant qu’une lecture estivale structurée aide à maintenir les acquis.Lien : https://www.erudit.org/fr/revues/ncre/2021-v23-n3-ncre07355/1092718ar/
Académie de Versailles, Proposition méthodologique pour consolider les acquis : lien
Buckinghamshire New University, Student Learning and Achievement : lien
Andy Matuschak, Spaced repetition memory system : lien
Sébastien Henrard, formation et ressources autour du PEHP : lien



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