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La motivation scolaire ne se commande pas, elle se construit

  • Photo du rédacteur: Nathalie Pérignon
    Nathalie Pérignon
  • 19 avr.
  • 3 min de lecture

Dans le monde de l’orthopédagogie, la motivation est au cœur de chaque accompagnement. Combien de fois entend-on les parents dire : « Mon enfant n’a pas envie de travailler » ? Ou l’élève lui-même avouer : « J’ai pas envie, c’est trop dur » ? Ces mots résonnent comme un mur infranchissable. Pourtant, la motivation n’est pas un interrupteur qu’on allume ou qu’on éteint. Elle est un processus vivant, qui se construit patiemment, surtout chez les enfants qui font face à des difficultés d’apprentissage.


Les trois visages de la motivation scolaire

La recherche en psychologie de l’éducation distingue trois grands types de motivation, selon la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan : l’intrinsèque, l’extrinsèque et l’amotivation.

  • La motivation intrinsèque : l’élève est son propre moteur. Il apprend par curiosité, par plaisir de la découverte, par soif de maîtrise. C’est ce petit frisson quand on résout une énigme ou qu’on comprend enfin un concept.

  • La motivation extrinsèque : on agit pour des raisons extérieures – notes, récompenses, approbation des parents, ou pour éviter les punitions. Elle peut être utile au départ, mais si elle reste trop « forcée », elle risque de s’épuiser.

  • L’amotivation : rien ne pousse à l’action. L’élève ne voit ni intérêt, ni lien entre ses efforts et les résultats. C’est un vide motivationnel, souvent installé par des échecs répétés.

Ces catégories ne sont pas figées : une motivation extrinsèque bien accompagnée peut évoluer vers une forme plus autonome et intrinsèque.

Activité d'orthopédagogie en mathématiques : une main d'enfant manipule des cartes d'étiquettes algébriques (+x², -4x) pour simplifier des équations écrites sur un cahier ligné.

La formule magique de la motivation

En orthopédagogie, on utilise souvent une formule simple pour décortiquer la motivation : M = C × V + E.

  • C (Capacité) : la confiance en sa capacité à réussir la tâche.

  • V (Valeur) : la valeur accordée à la tâche (est-ce important, plaisant ?).

  • E (Environnement) : le soutien ou les freins de l’entourage.

Cette équation, inspirée des théories comme celle de Vroom ou l’Expectancy-Value Theory, montre que si l’un des facteurs est nul, la motivation chute.


Pourquoi la motivation s’effrite-t-elle ?

Imaginez un enfant avec des troubles neurodéveloppementaux, comme la dyslexie ou un TDAH. Pour ses camarades, un exercice est un défi gérable ; pour lui, c’est une montagne. Au fil des galères, le moral s’effrite : C diminue, les devoirs deviennent un champ de bataille familial (E négatif), et la valeur de la tâche s’effondre. L’enfant associe alors l’effort à la souffrance et au conflit, ce qui renforce l’amotivation.


L’exemple concret : ramasser des brins d’herbe !

Chez moi, mes enfants n’étaient pas motivés pour m’aider au jardin (V faible). J’ai boosté la formule avec de l’extrinsèque :

  • 50 brins = 1 chocolat.

  • 100 brins = 10 min de switch en plus.

  • 150 brins = gâteau au choix.

  • 200 brins = 20 min bonus.

Ils se sont battus pour ramasser ! L’extrinsèque bien dosée relance la machine.


En orthopédagogie : le cas de Léa

Prenons le cas concret de Léa, 11 ans, suivie pour un trouble des apprentissages en lecture. Au départ, elle ne comprenait pas l’intérêt de travailler et n’était pas curieuse. Elle ne posait jamais de questions, malgré des lacunes douloureuses. Sa motivation scolaire restait purement extrinsèque : éviter de se faire fâcher par la maîtresse ou ses parents. Elle révisait au dernier moment, souvent sans tout saisir (M proche de zéro).

L’intervention a visé à reconstruire M = C × V + E :

  • C (Capacité) : Activités étayées sur phonologie et compréhension. Peu à peu, l’apprentissage est devenu moins douloureux.

  • V (Valeur) : Quand ses notes ont progressé (8/20 à 14/20), elle a pris goût aux bonnes appréciations – plaisir naissant.

  • E (Environnement) : Cadre neutre en séance, encouragements pour poser des questions.

Après plusieurs mois de suivi régulier, Léa pédale sans petites roues ! Elle révise un peu en avance, trouve plaisir dans les notes, est plus proactive. L’amotivation s’efface.

La motivation ne se commande pas, elle se construit dans la bienveillance et le lien.

Le rôle clé de l’orthopédagogue

Contrairement au soutien scolaire (focus contenus), l’orthopédagogie travaille les fondations : goût de l’effort (V), sentiment de compétence (C), cadre bienveillant (E).

Comment ?

  • Activités ludiques pour victoires immédiates (C).

  • Cadre sans enjeux familiaux (E).

  • Feedbacks liant effort et progrès (V).

C’est un travail long terme, pas de miracle rapide.


Conseils pratiques pour les parents

  • Lâchez prise sur les devoirs conflictuels : transformez-les en moments calmes ou passez le relais à quelqu’un d’extérieur pour préserver la relation familiale.

  • Boostez M = C × V + E : tâches valorisées par l’enfant (V), petits progrès célébrés (C), environnement encourageant sans pression (E).

  • Soyez patients : la motivation se reconstruit pas à pas.



Références principales :

  • Ryan & Deci (2020), Self-Determination Theory.

  • Vroom’s Expectancy Theory.

  • Expectancy-Value Theory.

  • Fenouillet, F. — psychologie de la motivation.

  • Lieury, A. — motivation, mémoire et apprentissage.

 
 
 

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